MTL + L'ÉCHANGEUR

L'Échangeur se projette dans une ville suréquipée par la techniques et la technologies, une ville où l'hypermobilité guide les quotidiens.

Lieu

Montréal, Qc

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Année

2019

"L’enthousiasme pour le numérique va décliner. Il faut prévoir la suite, pour que la déconnexion ne devienne pas un privilège" - Guillaume Ethier, professeur UQAM

Dans une douce anarchie où se côtoient hamacs, plateformes de chantier, cabanes de plage récupérées et arbres en pot, Microclimat participait, le temps d’un été, à la troisième édition du Village au Pied-du-courant.

Le mandat, confié à Microclimat par La Pépinière, consistait à créer l’entrée du village éphémère ainsi que son marché public. L’installation structurée à partir d’éléments d’échafaudage à rosette se voulait flexible, facilement réutilisable, à l’image d’un chantier.

Crédit photo : Jean-Michael Seminaro

Stratégiquement, l’Échangeur intervient aux stations de Métro montréalaises et s’inspire des intentions artistiques d’autrefois, soient les différentes oeuvres d’art qui tentent d’humaniser ces non-lieux. Il s’insère dans ce réseau pour imaginer des sanctuaires dans lesquels s’aventurer permet de rompre le continuum de la connectivité. Dès lors, ces espaces techniques ne sont plus seulement un assemblage de connexions dédié aux mouvements et à “l’ailleurs”, à l’image des technologies qu’ils supportent. Ils deviennent aussi des espaces publics aptes à reconnecter les usagers avec le moment présent ainsi qu’à assurer que “ni le temps, ni la beauté [ne] sont absents de leur histoire”.

En tant que tactique de design urbain, l’Échangeur est modulable. Il tente de résoudre ou de bonifier les logiques de circulations présentes dans les contextes où il s’insère (ex. des citoyens traversant illégalement une voie ferrée pour se rendre à une station). L’Échangeur, en somme, ne s’impose pas aux citadins de l’hypermobilité, il transforme leur quotidien avec la puissance d’une invitation à la pause.

L’Échangeur propose donc de réfléchir aux infrastructures de l’hypermobilité à l’aide de leur contraire, la lenteur, voire l’immobilité.

L’Échangeur propose aux citadins la déambulation, l’expérience sensorielle ainsi que la mise en scène subtile et fragmentée des paysages urbains.

L’Échangeur invente une nouvelle interface entre l’espace de mobilité, enfouie dans le sol, et l’espace urbain de la ville suréquipée, en surface

Les Moments de déconnexion

S’inspirant de la technique et des technologies qui parasitent maintenant la ville, l’Échangeur s’accroche à une station de métro pour y perturber le parcours quotidien des citoyens. Pour y arriver, l’Échangeur Georges-Vanier propose trois moments de déconnexion

L’Échangeur est une incitation à la pause. Il ne s’impose pas. Le premier moment de déconnexion se présente aux citadins de l’hypermobilité sous la forme d’un choix entre l’entrée/sortie régulière du métro ou la dérive dans un parcours insolite et alternatif . Ce moment génère un questionnement et l’envie d’abandonner la courroie de transmission urbaine : “Où mène cet escalier ?”, “Où va ce tunnel ?”, “D’où provient cette chaleur, cette lumière?”, etc.

L’ascension mène alors à un second espace, le belvédère. Perché au coeur d’un jardin luxuriant et silencieux, l’usager apprivoise le paysage urbain selon de nouvelles perspectives. De plus, grâce aux différentes plantes qui encombrent la vision, l’odeur et l’humidité des végétaux, une distance supplémentaire se crée entre l’individu et les multiples architectures et éléments techniques de l’espace urbain. On se sent à des kilomètres de cette métropole qui pourtant se déploie à nos pieds.

Paradoxalement, si le monde de la ville suréquipée dépend largement du ciel d’où opèrent satellites, drones et autres technologies aériennes, ses citoyens ne le regardent plus. Le dernier moment de l’ascension vers la déconnexion exprime cette nécessité de communier avec le ciel, d’être ici et maintenant. Au sommet de l’Échangeur Georges-Vanier se trouve un sanctuaire refermé sur lui-même, où seuls le ciel et son immensité s’expriment. La fin de parcours de l’Échangeur marque donc un lieu intime, flexible, parfois sombre, parfois lumineux, parfois animé, mais toujours déconnecté et en rupture avec le monde extérieur.

Crédit illustration : Microclimat